Les programmes et les pratiques de la télévision dans le monde inspirés par la crise sanitaire

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NoTa : les tendances TV en 2021

Temps de lecture : 8 min

La crise sanitaire de l’année 2020 a eu un impact significatif sur la télévision dans le monde, comme le révèle Glance. Les téléspectateurs lui ont consacré plus de temps, notamment les jeunes. Les usages plus récents ont continué à se renforcer : SVOD, replay ou preview, visionnage sur les écrans internet. Les préoccupations actuelles se reflètent aussi dans les programmes, dont les tendances sont analysées dans l’étude New on The Air (NoTa).

La télévision, créatrice de lien en ces temps bouleversés

Confinés chez eux par la pandémie, Français, Italiens, Allemands, Britanniques, Espagnols et Néerlandais ont tous consacré plus de temps à regarder la télévision en 2020.

Alors que la durée d’écoute quotidienne de la télévision (DEI) accusait une baisse en début d’année, elle a nettement augmenté dès le mois de mars dans l’ensemble de ces pays : en avril 2020, on relève +35% de DEI en Italie par rapport à 2019, +27% en France, et +19% au Royaume-Uni !

La progression par rapport à l’année précédente s’est poursuivie toute l’année, au-delà des périodes de confinement, signe de la force de la télévision dans ces moments éprouvants.

Frédéric Vaulpré, Vice-Président de Glance, souligne : « à année exceptionnelle, consommation de télévision exceptionnelle. Le regain d’intérêt des 15-34 ans envers la télévision est un des phénomènes marquants de la période ».

Les Etats-Unis ont connu une tendance opposée avec une baisse de la DEI de 12 minutes par rapport à 2019. Les spécificités de ce marché audiovisuel ainsi que l’absence de confinement généralisé expliquent ce phénomène.

Les nouveaux usages de la télévision poursuivent leur progression

Dans ce contexte, en complément de la progression du visionnage en live, les téléspectateurs ont continué à pratiquer les usages plus récents de la télévision. Cela consiste tout d’abord à choisir le moment où ils vont regarder leurs programmes.

Que ce soit après la diffusion, en replay : au Royaume-Uni, cette pratique a représenté 31 minutes par jour, et 23 minutes aux Pays-Bas.

Et également de manière croissante avant la diffusion des programmes à la télévision, en preview : au Royaume-Uni, la moitié des programmes de fiction en prime-time sur BBC One était disponible en preview. Une fenêtre de diffusion qui a généré en moyenne 14% de l’audience de ces programmes.

Enfin, les téléspectateurs ont également plus regardé la télévision sur d’autres écrans que le téléviseur : par exemple en Allemagne où 1 million de téléspectateurs ont regardé Sommerhaus der Stars (RTL) sur smartphone, ordinateur ou tablette, ce qui représente près de la moitié (44%) de l’audience totale du programme.

Enfin, la SVOD a continué sa progression avec de plus en plus d’utilisateurs. Glance étudie désormais les plateformes et leurs programmes en Europe et Médiamétrie avec Harris Interactive propose un baromètre pour la France. Les SVODistes constituent une nouvelle cible parmi les téléspectateurs de télévision. Leurs goûts en matière de programmes à la télévision sont différents de l’ensemble du public : en termes de fiction, ils préfèrent les programmes de niche et de nature événementielle ; dans le domaine du divertissement, leurs choix se portent sur les programmes de télé-réalité (reality competitions) ou les live « glamour ».

Des programmes TV teintés des préoccupations liées à la crise sanitaire

Dans ce contexte bien particulier où les téléspectateurs se tournent massivement vers la télévision, les diffuseurs intègrent les questionnements et besoins du public dans leurs programmes. Qu’il s’agisse des programmes factuels, du divertissement ou de la fiction.

Pour Avril Blondelot, Head of Content Insight chez Glance : « En 2020 nous avons constaté une attente de décryptage accrue, tendance existante qui se renforce. Les besoins de lien, de simplicité, proximité, déjà exploités par la télévision, se sont renforcés, empreints du contexte sanitaire. Par ailleurs, une nouvelle fenêtre s’ouvre pour les ready made* de programmes de flux ».

Factuels : les contenus révèlent un besoin accru de décryptage

En 2020, le nombre de programmes factuels à la télévision a enregistré une progression de 8% par rapport à 2019. Une tendance de fond déjà observée qui se confirme.

Un nouveau type de programmes a fait son apparition à la TV : les documentaires consacrés à la méditation, une pratique reconnue pour aider à surmonter angoisses, stress et vivre dans l’instant présent. Encore peu nombreux, ils constituent une véritable nouveauté comme World of Calm sur HBO max, Mindful Escape sur BBC4 et Headscape guide to Meditation sur Netflix.

Fortement restreints dans nos contacts et repliés sur la cellule familiale, nos relations sociales et humaines ont été bouleversées.

Privée d’interactions sociales, l’amitié se décline avec les petits compagnons. Des programmes s’intéressent ainsi aux relations avec les animaux. The Dog house, format anglais, est une série de docu-réalité sur un chenil qui cherche le meilleur accord entre animaux et familles d’accueil. Il va être adapté en Australie sur Channel 10.

Les rencontres amoureuses ont-elles aussi été mises à mal en 2020. Les programmes de dating ont donc poursuivi leur développement à la télévision et se sont adaptés. Netflix en propose les deux grands types, l’un axé romance intimiste - Love is Blind -, et l’autre dans la veine de la séduction tape-à l’œil - Too hot to handle. Let love rule, le dating version nature - vient d’être lancé sur ITV2, en progression auprès des jeunes adultes, à suivre. Enfin, Love in the air s’intéresse au dating en plein air en Irlande, dans le respect de la distanciation sociale.

Lien et proximité pour le divertissement TV

Le retour aux fondamentaux caractérise le divertissement à la télévision en 2020. En l’absence de spectacles d’humour, une place est à prendre dans ce domaine à la télévision. Le stand-up en représente l’expression la plus simple. Le prochain stand-up (Noovo), sur le principe du télé-crochet au Canada a bien fonctionné auprès des 18-34 ans.

Dans un autre registre, les jeux miniatures se démarquent également, dans la veine de Lego Masters. D’autres se sont lancés - Pretty Small, un concours de miniaturistes, Marble Mania pour les fans de billes - ou feront leur apparition sur les écrans en 2021 comme Chain Reaction.

Enfin, les « Ready-made » de flux ont été mieux exposés à la télévision dans beaucoup de marchés, avec des lancements très réussis. The Mask Singer a très bien fonctionné en Espagne sur Antena 3 (x2,2 auprès des 16-24 ans), Britain’s got talent au Danemark, ou la version australienne de Married at first sight, au Royaume-Uni sur E4.

La fiction TV : questionnements sur la pandémie et besoin de légèreté

« Dans le domaine de la fiction, les recettes classiques du succès persistent. Toutefois, le contexte sanitaire met en lumière certains thèmes de niche, comme les séries d’anticipation. Et de la même manière que le divertissement, la fiction répond à un besoin plus intense de rire, de légèreté et de lien ». C’est ainsi que Cécile Bertrand, International Research Manager chez Glance, résume les innovations repérées par le service NoTa en termes de fiction.

Les thrillers constituent toujours des succès et représentent 1 lancement sur 3 à la télévision. Le nombre de succès au lancement est légèrement supérieur à celui de la fiction en général.

Certains se déroulent au sein même de la sphère familiale, c’est le cas de Flower of Evil, une série coréenne mettant en scène une famille dont le père exerce des activités troublantes. La série a augmenté l’audience de la case de la chaîne tvN de 46%, avant d’être diffusée sur plusieurs plateformes majeures en Asie.

Les plateformes investissent dans les reboots avec notamment : Sabrina, Battlestar Galactica, Sauvés par le Gong, Bel-air. Fidèles à l’univers de l’original, ils le teintent d’un témoignage de notre époque.

Les œuvres de science-fiction occupent une place de plus en plus importante à la télévision, avec un essor prévu pour le nombre de nouvelles séries en 2021. Avec par exemple Anna, qui sera diffusée sur Sky Atlantic et Arte, série dans laquelle tous les adultes sont décimés par un virus et les enfants, qui y résistent, sont livrés à eux-mêmes.

Enfin, NoTa relève de plus en plus de projets TV inspirés de jeux vidéo, capitalisant sur leur richesse narrative et l’engagement très fort des joueurs. Une thématique dans laquelle les plateformes ont réalisé de forts investissements. Alice in Borderland, programme japonais diffusé sur Netflix, figure des gamers qui se retrouvent dans Tokyo où ils devront jouer à des jeux pour survivre.

Dans la veine de la recherche de lien, les comédies deviennent nécessaires, et revendiquent le comique de l’absurde. Au Danemark, Det Brune Vaertshus sur DR2 s’intéresse à une famille dont le père organise un brainstorming pour que sa famille soit plus drôle. Au Royaume-Uni, the Vicar of Dibley in lockdown sur BBC one, traite avec ironie la situation actuelle.

En termes de formats, on observe une tendance de fond selon laquelle les épisodes des drames ont tendance à raccourcir et les comédies à s’allonger. De manière générale le nombre d’épisodes des séries est à la baisse pour des raisons budgétaires et par besoin de capter rapidement l’attention du public : 64% des comédies et drames ont 12 épisodes ou moins. Enfin, les genres sont hybrides et convergent, les comédies n’hésitant plus à aborder des sujets sombres.

La TV en 2021

L’année 2021 n’a pas encore balayé les tumultes de 2020 et démarre dans un contexte similaire à celui de 2020. Il est donc fort à parier que la consommation de la télévision va se maintenir à des niveaux élevés. Quant aux programmes et grilles des diffuseurs, ils continueront de s’adapter pour refléter le cheminement des sentiments ou des questionnements des téléspectateurs et leur ouvrir de nouveaux horizons.

 

*Ready-made : programmes de flux exportés et diffusés dans leur version d’origine et traduits dans la langue du pays de diffusion.

Questions à Avril Blondelot, Head of Content Insight chez Glance

Pensez-vous que la pandémie stimule la création audiovisuelle ?

La pandémie a malheureusement porté un coup d’arrêt à bon nombre de productions en cours et laissé plus de place à l’information et aux rediffusions, ce qui n’a pas d’effet positif sur la création audiovisuelle.

En revanche, la contrainte forte qu’elle a apportée a forcé à tester de nouveaux sujets, de nouveaux formats et de nouvelles façons de produire. Les formats de dating par exemple, qui ne sont pas nouveaux, se sont relocalisés et pour LOVE IN THE AIR par exemple la distanciation sociale agit comme un élément fort du format. Les réactions des diffuseurs et ressort créatifs peuvent varier d’un pays à l’autre. Globalement, toutefois, un point commun est de produire plus près, plus simplement et cela résonne bien avec les aspirations des téléspectateurs. La crise sanitaire n’a pas complètement transformé la création audiovisuelle, elle a remis au goût du jour et parfois accéléré l’essor de certains formats qui pouvaient être plus COVID-compatible, comme l’intérêt pour les jeux miniatures aux Pays Bas notamment et le succès international du format Lego Masters.

 

Quelle tendance marquante voyez-vous se dégager pour 2021 dans les programmes ?

Le nombre de nouveaux projets de séries devrait repartir à la hausse, au moins pour l’année à venir, sous réserve que les conditions sanitaires permettent les tournages. Plus particulièrement, la science-fiction, des jeux-vidéos et des reboots semblent prendre de l’essor avec un volume global de projets qui ne détrônera pas de sitôt les séries criminelles. La coproduction internationale est rendue plus difficile par le contexte sanitaire. Cela reste une tendance long terme de notre industrie, nécessaire au financement de la qualité de production attendue par les téléspectateurs. La comédie tous genres a beaucoup d’atouts. Pour les téléspectateurs, c’est un remède partiel à la morosité ambiante. Pour les diffuseurs, c’est un genre qui plaît aux jeunes et une opportunité pour les garder dans la durée. C’est aussi un genre plus difficile à traiter qui passe beaucoup par la question du dosage et du contexte, comme beaucoup de choses en ce moment.

 

 

Laure Osmanian Molinero

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