Une diffusion, plusieurs vies : comment les usages à la demande transforment les médias

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M Insights : Le Dossier Juillet 2026

Longtemps, la performance d'un programme audiovisuel s'est mesurée au moment de sa diffusion. Aujourd'hui, les usages à la demande redessinent cette logique. Preview, replay en télévision et podcasts en audio complètent le direct : ils prolongent l'exposition des contenus, diversifient les points de contact avec les publics et répondent à des rythmes de vie toujours plus fragmentés. Les études de Médiamétrie montrent que cette transformation s'accélère, aussi bien pour la télévision que pour l'audio. 

 

Les contenus ne s'arrêtent plus à leur heure de diffusion

Le direct conserve une place essentielle dans les médias. C'est lui qui crée l'événement, rassemble les publics et fait naître les conversations. Mais il ne constitue plus l'unique moment où un contenu rencontre son audience.

En télévision, le preview permet de découvrir un programme avant sa diffusion tandis que le replay prolonge son exposition après son passage à l'antenne. La mesure d’audience s'adapte aux nouvelles temporalités puisque depuis décembre 2025, elle prend en compte les audiences en replay jusqu'à 91 jours au lieu de 28 jours précédemment. À elles seules, au premier trimestre 2026, les audiences entre J+29 et J+91 représentent 8 % d'heures de replay supplémentaires. L’épisode du 20 janvier 2026 de L’Ile de la Tentation a même gagné 35 % d'audience additionnelle avec cette extension de la mesure du replay.

L'audio suit une logique comparable. Les podcasts radio prolongent la vie des émissions diffusées à l'antenne, tandis que les podcasts natifs construisent une offre éditoriale indépendante de toute diffusion en direct. 

Autrement dit, la durée de vie éditoriale des contenus s'allonge.

Une pratique qui entre dans les habitudes

Cette évolution s'appuie d'abord sur un environnement technologique largement installé dans les foyers français. En 2025, 94 % des foyers disposent d'au moins un smartphone, 88 % d'un ordinateur et 72 % d'un téléviseur connecté[1]. Au total, 94 % des foyers possèdent au moins un écran connecté à Internet. Les conditions d'accès aux contenus à la demande n'ont jamais été aussi favorables. 

Dans ce contexte, les usages progressent rapidement.

En télévision, 85 % des Français ont regardé au moins un programme en preview ou en replay au cours d'un mois au premier trimestre 2026, soit 53,5 millions de personnes, en progression de 6 % en un an. Plus de 3 Français sur 4 (77%) pratiquent le replay chaque mois (+11 % en un an), désormais bien installé dans les habitudes. Tandis que le preview poursuit son adoption : 1 Français sur 4 s’y adonne chaque mois, en hausse de 27 % sur un an[2]. L’audience TV à la demande représente en moyenne 7% du temps passé à regarder les programmes de télévision, une part qui passe à 13 % pour les 15-24 ans. 

L'audio connaît lui aussi une dynamique soutenue. 44 % des Français écoutent chaque mois des podcasts ou des replay radio, soit 8 points de plus qu'en 2023. Les podcasts natifs, autres que radio (créés par des acteurs indépendants, des éditeurs de presse, des chaînes de TV …), poursuivent également leur développement avec 26 % des individus qui en écoutent chaque mois (+ 10 points en trois ans), et même 43 % des 25-34 ans[3]. Les podcasts représentent 10 % de l’écoute quotidienne de programmes audio[4]. Cette croissance montre que les deux univers ne s'opposent pas : les podcasts radio prolongent la vie des programmes diffusés à l'antenne, tandis que les podcasts natifs enrichissent l'offre de nouveaux formats et de nouvelles écritures. Les podcasts s’émancipent fortement de leurs canaux d’origine puisque les réseaux sociaux constituent une forte caisse de résonnance pour ces formats : 42 % de leurs auditeurs mensuels (56 % des 15-24 ans) les découvrent à travers les réseaux sociaux et/ou sites vidéo. Autre signe de l’extension des podcasts sous d’autres formats : 44 % des auditeurs mensuels de podcasts choisissent de les suivre souvent dans leur version filmée[5].

Une nouvelle temporalité, mais toujours des contenus fédérateurs

L'allongement de la durée de vie des contenus ne bénéficie pas à tous les genres de manière uniforme.

En télévision, la fiction (séries, feuilletons, téléfilms) domine très largement les usages en preview, représentant près de huit heures sur dix du temps passé. Le replay, lui, profite également aux programmes de jeux (21 % du temps passé) qui rejoignent la fiction (40 %) parmi les genres les plus regardés[6]

Les données montrent également que si les usages à la demande sont plus importants le week-end, les programmes les plus regardés en preview et replay restent majoritairement ceux diffusés en semaine, quand sont proposés plus d’inédits et de fictions. Le succès d'un contenu ne dépend donc plus uniquement du créneau de diffusion, mais de sa capacité à susciter l'envie d'être retrouvé plus tard. 

En audio, cette logique se retrouve dans la diversité des thématiques choisies. Les programmes de culture et société (41%), d’actualités (35 %) ou d’histoire (7 %) concentrent l’essentiel des volumes de téléchargements, signe que ces thématiques trouvent leur public dans un format qui laisse davantage de liberté d'écoute[7].

Une consommation choisie 

Les profils des utilisateurs illustrent également cette évolution.

En télévision, les consommateurs de contenus à la demande sont plus jeunes, davantage CSP+ et plus souvent équipés de technologies connectées que les téléspectateurs exclusivement live. 

Dans l'univers audio, les podcasts radio séduisent particulièrement les 35-64 ans, tandis que les podcasts natifs attirent davantage les 15-34 ans. Les deux univers se complètent et élargissent l'audience globale de l'audio à la demande. 

Surtout, le délinéarisé n'est pas synonyme d'attention dispersée. Plus d'un auditeur mensuel sur deux écoute ses podcasts en intégralité. Les comportements de zapping restent limités et près de 3 auditeurs sur 4 ne modifient jamais la vitesse d'écoute. Le podcast apparaît ainsi comme un format particulièrement immersif et engageant[8].

Un nouveau cycle de vie des contenus

Ces résultats confirment que les contenus audiovisuels ne vivent plus sur une seule temporalité. 

Au-delà des évolutions technologiques, c'est donc le cycle de vie éditorial des contenus qui se transforme. Les médias accompagnent désormais les publics avant, pendant et après la diffusion des contenus en direct, sur d’autres supports et parfois selon d’autres formats. En offrant davantage de liberté sans renoncer au pouvoir fédérateur du direct, télévision et audio démontrent leur capacité à s'adapter aux nouveaux rythmes de vie et à prolonger durablement la valeur de leurs contenus.

Cette évolution ne concerne pas uniquement les contenus issus du direct. En télévision, plus de la moitié (53 %) des fictions et films proposés sur les plateformes de BVoD[9] (TF1+, Arte.tv, M6+, France.tv) n'ont pas été diffusés à l'antenne au cours de l'année, tandis que l'offre de contenus disponibles sur ces plateformes a progressé de 45 % en un an[10]. En audio, les podcasts natifs suivent la même logique : ils complètent les podcasts replay en proposant des contenus conçus directement pour une écoute à la demande, indépendamment de toute diffusion linéaire. Dans les deux univers, les catalogues s'étoffent et les contenus gagnent en autonomie vis-à-vis du direct.

Au-delà des nouveaux usages, il s’agit d’une évolution du modèle éditorial. Les contenus ne sont plus simplement « rattrapés » après leur diffusion ; une part croissante d'entre eux est désormais pensée, distribuée et consommée indépendamment du direct.

Direction de la publication : Equipe Communication de Médiamétrie
Rédaction : Laure Osmanian Molinero
 

[1] Source : Médiamétrie - Baromètre des équipements – Années 2023 et 2025  

[2] Source : Médiamat – Base : Ind4+ - Tous écrans, France entière - Période : T1 2026 – Couverture au seuil de 10 secondes consécutives – Chaînes du Médiamat à la demande – Preview à j-91 / Replay à J+28

[3] Source : Médiamétrie - Global Audio 2023 à 2026 – France entière 15-80 ans

[4] Source : Médiamétrie - Global Audio 2026 – Part de temps passé par offre en moyenne par auditeur quotidien 15-80 ans 

[5] Source : Médiamétrie - Global Audio 2026 – Auditeurs mois des podcasts radio et replay radio et des podcasts natifs hors radio - 15-80 ans 

[6] Source : Médiamat – Base : Ind4+ - Tous écrans, France entière – Période : T1 2026 

Preview J-91 / Replay J+91

[7] Source : Médiamétrie –EAR > Podcast –Janvier-Mars 2026 – Classement des podcasts replay et/ou natifs par thématique selon le volume de téléchargements, effectué sur 13 710 podcasts

[8] Source : Médiamétrie -Global Audio 2026 –Auditeurs mois des podcasts radio et replay radio et des podcasts natifs hors radio -15-80 ans 

[9] BVOD : contenus produits par les diffuseurs et mis à disposition gratuitement à la demande et en ligne sur leurs plateformes

[10] Source : BVOD Monitor – Mars 2026 vs mars 2025 

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